Moment de grâce à l’écoute du premier album de Cold Specks, « I Predict A Graceful Expulsion »

A ceux qui se représentent encore le gospel comme un groupe de femmes Noires corpulentes en toges criardes, je dirais qu’il est grand temps de briser cette image d’Epinal simpliste. Jusqu’aux années 50 environ, le gospel se cantonnait effectivement à l’enceinte étouffante des églises méthodistes américaines, mais certains chanteurs de soul ont réussi le pari audacieux de le faire sortir de son cadre comme le grand Ray Charles ou encore Sam Cooke –tout ceci bien évidemment après avoir essuyé une colère indescriptible de la part de la communauté afro-américaine.

Que reste-t-il de cet héritage aujourd’hui ? Il serait incorrect de penser que les nombreuses starlettes qui prétendent faire de la « soul » à l’heure actuelle respectent vraiment le sens profond et les codes de cette musique qui demeure très spirituelle à défaut de ne plus obligatoirement s’adresser à un dieu. Peu d’héritiers dignes de ce nom apparaissent donc en lice pour défendre les dernières réminiscences du gospel. Pourtant, 2011 -avec son lot de nombreuses surprises musicales- nous a apportée l’une d’entre eux : j’ai nommé la divine Cold Specks.

Cold Specks ou Al Spx est une musicienne canadienne de 23ans, actuellement basée à Londres. Issue d’une famille très religieuse, la jeune-fille a su faire son petit bonhomme de chemin dans le monde de la musique malgré les réticences de ses proches et ce pour notre plus grand bonheur. Forte d’un premier single, « Holland », dont la sortie en octobre 2011 a beaucoup fait parler d’elle, Al Spx n’a pas tardé par la suite à signer avec le label Arts&Crafts Records et vient tout juste d’offrir au monde un premier album inestimable tant il est beau.

I Predict a Graceful Expulsion se pose comme l’étendard de la « doom soul », le genre musical que Specks a inventé pour caractériser cet hybride d’influences qu’est sa musique. Fusion réussie entre un fond de musique folk très riche en sonorités et la voix suave, profonde d’Al Specks en premier plan, l’album m’est apparu comme un élément essentiel dans une discographie digne de ce nom en 2012.

L’écoute du premier titre du disque « The Mark » donne déjà le ton, bien que très timidement : accords de guitare discrets et voix tamisée à la limite du murmure, l’on ressent toute une tradition du vieux sud-américain que la jf et sa bande de (nombreux) musiciens ont su s’approprier. Difficile ensuite de ne pas se laisser littéralement hypnotiser par les invocations quasi-acapella de Spx sur « Lay Me Down », le piano mélancolique de « Winter Solstice » ou encore le punch de « Hector », le titre le plus dynamique de l’album car rehaussé d’une touche de batterie très appréciable.

 

Le thème du corps humain apparaît comme très récurrent dans les paroles, incarné entièrement dans un titre comme « Heavy Hands » ou affleurant ce joyau incontesté de l’album que demeure « Holland » : chez Al Spx, la chair est quelque peu malmenée –torturée-, les mains sont pesantes, le cœur omniprésent et à écouter à presque chaque étape, les estomacs affamés…même les peurs sont « à nu ». En communiquant ainsi avec ses organes silencieux et ses sentiments les plus enfouis, la chanteuse s’élève vers une sorte d’état de grâce et, surtout, arrive presque à rendre la communication avec l’auditeur intime.

Plébiscitée de tous côtés, et notamment par le gros de la presse britannique comme le Times, le Guardian et surtout le NME, Cold Specks ne peut laisser personne indifférent tant elle parle déjà plus à l’âme qu’aux oreilles. Plongez sans plus attendre dans son bel univers, vous ne le regretterez pas !

 

 

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